Nous voilà parties ma mère et moi dans un hammam de Saint-Denis. C’est la première fois que nous nous rendons ensemble dans un tel lieu en France. Nous avons déjà fait ? hammam commun ?, c’était en Kabylie, l’eau arrivait directement de la montagne. Au fond d’une cour, un décor à l’oriental. A l’intérieur, un monde des ? Mille et une nuit ?. Accueil un peu sec : ? Vous entrez et vous demandez à une jeune femme là-bas qui vous expliquera. ? Nous choisissons notre formule, et pour 30 euros, accès au bain de vapeur, à la piscine et à la salle de détente.
A l’entrée, quelques tables d’un restau-cafet’. Quatre femmes en peignoir blanc sirotent un thé. Elles sortent probablement du hammam, la teinte rouge bébé de leurs joues en témoigne. Dans la salle ? détente ?, d’autres femmes, la trentaine, papotent dans des espaces séparés des uns des autres par des rideaux fins. Quelques-unes, la poitrine dénudée, se relaxent couchée sur le dos, les yeux fermés.
Apres avoir traversé cette salle, nous accédons aux vestiaires. Au fond de nos casiers numérotés, un peignoir et une serviette blancs nous attendent. Mais on ne va pas se mettre toute nue sous nos peignoirs ! Nous enfilons nos maillots de bain d’abord. Une femme, fine, la trentaine, brune aux cheveux courts, entre dans les vestiaires. Et vas-y que je te fasse un remake d’Adam et Eve. Sans Adam, le hammam étant réservé aux femmes.
Elle est donc nue. A la rédaction du Bondy Blog, ils se sont un peu moqués de moi. Ils m’ont trouvée na?ve et prude. En présentant mon sujet de mes collègues, un jeune, a dit : ? Pourquoi t’as pas pris des photos ? Serais-je la seule, avec ma mère, à être choquée par le manque de pudeur d’une femme qui s’exhibe nue de long en large dans un vestiaire ? ? Oh c’est bon, vous êtes entre filles ! ? s’exclame un autre gar?on de la rédaction que cette histoire intéresse.
Retour au vestiaire. Houria, c’est le prénom de ma mère, et moi-même entrons, telle des gamines, dans un fou rire. Les femmes de la salle ? détente ? nous toisent du regard. Qu’importe. Le ridicule ne tue pas, para?t-il. Apres être sorti des vestiaires, qui font donc office de coin ? détente ?, nous accédons à la ? plateforme détente ?. Une piscine couleur bleue sur la droite, des douches au fond, et sur la gauche, une salle de massage réservée à celles qui ont pris la formule ? massage ?.
Avant d’entrer dans le bain de vapeur pour y transpirer à grosses gouttes, c’est le rituel de l’astiquage au savon noir. Deux femmes sont couchées sur le ventre. Une mère et sa fille, sans doute. En entrant dans le hammam, une forte chaleur nous fait vaciller pendant quelques secondes. Nous adoptons une respiration lente et nous asseyons sur l’un des quatre bancs longeant l’un des quatre murs. Deux femmes, l’une asiatique, l’autre européenne sont complètement nues, assises sur leurs serviettes. Une autre, seule, est couché sur le dos, les seins nus.
La chaleur y est étouffante, ma mère est devenue rouge vive en quelques minutes et tente comme elle peut de respirer. Une des employées du hammam avait prévenu : ? Vous restez vingt minutes dans cette pièce, plus si vous pouvez, mais en général, plus, c’est difficile. ? Ensuite, place au gommage. Ne cherchez pas, un truc de nanas qui nettoie la peau. Le gommage terminé, ma mère retourne dans le bain de vapeur. Moi, j’opte pour la piscine. C’est un jour de semaine, j’ai le bassin pour moi toute seule. L’eau me para?t fra?che par rapport à la chaleur étouffante du hammam.
Ma mère et moi décidons de nous en aller, ravies de cet instant. Nous nous rhabillons dans les vestiaires sans passer par la case ? détente ?. Je remarque, à l’entrée, à c?té de photos de célébrités, une pancarte avec cette inscription en en italique : ? Les maillots de bain ne sont pas nécessaires. ? C’est donc cela… Mais on a entendu dire que dans un autre hammam, à Paris, il est interdit de se mettre nue. Avant de quitter les lieux, un verre de thé. Un délice.
Kahina Mekdem
montres
No comments:
Post a Comment